GUCCI À TOMBEAU OUVERT

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Gucci en mode intérim ou l’art de faire patienter en attendant (désespérément) un nouveau directeur artistique ? Un show monté à la hâte, moins d’un mois après le départ précipité de Sabato de Sarno, qui lui-même n’avait tenu que deux petites années avant de voir les chiffres plonger plus vite qu’un sac en béton du seigneur dans  » l’Arno. » (les cultivés apprécieront).

Car oui, les résultats sont catastrophiques, mais chez Kering, on se rassure avec des miettes, parce que le Prince de Venise, en CEO stoïque, promet que « Gucci reviendra » comme la « Fièvre du Samedi Soir » où les vestiaires improbables qu’on pensait disparus à jamais.

Mardi, les attachées de peste se sont lancées dans un grand numéro de prestidigitation stylistique : un patchwork improbable allant des sixties aux « nineties », du minimalisme, façon Tom Ford, à l’extravagance baroque d’Alessandro Michele. On aurait presque pu y voir une touche de cohérence… si tout cela ne ressemblait pas à un grand ménage de placards fait à la va-vite.

Les mannequins ont défilé en échangeant leurs « G », qui n’était pas un point, comme pour signifier qu’il fallait bien s’occuper en attendant un vrai concept, pour jouir enfin ! Entre la subversion et l’hésitation, une nuisette en dentelle sous un manteau strict, des couleurs un peu trop discordantes pour être audacieuses, et un étrange équilibre entre bon et mauvais goût (avec un léger penchant pour le second).

Il y avait tout de même quelques jolies pièces : cabans aux teintes vives, cardigans scintillants, jupes fendues séduisantes… mais lorsque la mode masculine a pris le relais, le sentiment d’un recyclage s’est imposé. Tissus partagés, coupes semblables, et cette étrange fixation sur le tendon d’Achille, nouvelle zone érogène mise en avant par des pantalons fendus et des mules souples. Un fétichisme inattendu, mais après tout, pourquoi pas !

Et puis, ce moment où un blouson d’aviateur marron est apparu, réveillant un sentiment de déjà-vu : Gucci, la vieille est de retour. Quant à l’équipe de création, elle a dû bosser sous pression, avec en arrière-plan une liste de potentiels successeurs qui circule comme des rumeurs de cour de récré : Hedi Slimane ? Maria Grazia Chiuri ? John Galliano ? ou un illustre inconnu repéré sur Instagram ?

Cependant, aujourd’hui, Gucci ne doit pas chercher une continuité. Ce qu’il lui faut, c’est une secousse, un électrochoc. Parce que la mode qui attend, est toujours une mode qui se meurt.

FM